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« Le billet du Neurologue » par Dr Bernard Croisile – N°1

Napoléon, une prodigieuse mémoire !

Le 15 octobre 2015 vit le bicentenaire de l’arrivée de Napoléon 1er à Sainte-Hélène. Le Mémorial de Sainte-Hélène rapporte qu’un soir de juin 1816, il put citer par leurs numéros la dizaine de demi-brigades d’infanterie (l’équivalent des régiments à l’époque révolutionnaire) d’un combat de la campagne d’Égypte en 1798. Comme l’une des convives partageant sa captivité lui demandait comment il pouvait encore se rappeler ces numéros dix-huit ans plus tard, l’Empereur lui répondit : « Madame, [c’est] le souvenir d’un amant pour ses anciennes maîtresses ! ».

Napoléon fait partie de ces personnes qui, telles Cyrus, Thémistocle ou Pic de la Mirandole, ont ébloui leurs contemporains par leur mémoire. L’historien Frédéric Masson rapporte que « Tout est classé et enregistré en sa mémoire, et sa mémoire est à ce point obéissante qu’elle présente toujours le renseignement dont il a besoin au moment seulement où il en a besoin… Cela jaillit sans nul effort, sans nulle pression et, ce robinet fermé, Napoléon en ouvre un autre qui s’épanche comme le premier, et puis un autre, un autre encore indéfiniment. »

Tous ceux qui ont approché Napoléon ont été impressionnés par sa prodigieuse mémoire. Il retenait les noms et les visages de nombreux soldats et officiers, ce qui lui permettait de les appeler par leur nom et de leur rappeler les affaires où ils s’étaient signalés. Même s’il se renseignait peut-être sur le nom et les états de service des militaires qu’il allait passer en revue, ce n’est déjà pas si mal de s’en souvenir une heure plus tard !

Tout au long de sa vie, Napoléon a constitué d’impressionnants stocks de souvenirs personnels et de connaissances encyclopédiques dans la plupart des domaines aussi bien historiques, que géographiques, littéraires ou mathématiques. Pour expliquer cette extraordinaire capacité de mémorisation, on peut évoquer un enregistrement presque photographique, une prodigieuse capacité de classement des informations, une exceptionnelle acuité intellectuelle, et une insatiable curiosité.

L’Empereur reconnaissait lui-même que sa mémoire était sélective et liée aux émotions. En effet, il disait qu’elle « était heureuse, [qu’]elle n’était point générale, absolue ; mais relative, fidèle et seulement pour ce qui lui était nécessaire. ». Pour lui, sa mémoire « tenait du cœur, [qu’]elle conservait le souvenir fidèle de tout ce qui lui avait été cher ». Mais chez l’Empereur, la mémoire n’était qu’un instrument au service d’une prodigieuse capacité d’analyse et d’une très rapide capacité de décision. Car décider exige souvent une très bonne mémoire pour faire le bon choix parmi plusieurs options qu’il faut bien connaître…

Pour en savoir plus : Bernard Croisile. Tout sur la mémoire. Éditions Odile Jacob (2009).

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