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« Le billet du Neurologue » par Dr Bernard Croisile – N°3

Café, mémoire, Alzheimer : que penser ?

Le café est, avec le thé, le vin, la bière, le rhum et le lait l’une des boissons les plus importantes de la planète. C’est tout à la fois un art de vivre et un symbole social comme le démontre le succès planétaire des « cafés ».

Par le biais de son principe actif, la caféine, le café agit sur différents organes. C’est ainsi qu’il soulage les migraines, régule la glycémie et protège de certains cancers (foie, œsophage) alors qu’il augmente le risque d’autres cancers (vessie, côlon).

La caféine se fixe sur des récepteurs cérébraux à l’adénosine ce qui favorise l’activation de certains neurones et mène également à la libération d’adrénaline par les glandes surrénales. Il en résulte un impact indéniable sur la vigilance et l’attention des personnes saines. Cet effet est bien connu des étudiants, des travailleurs de nuit, bref de tous ceux qui ont besoin d’un coup de fouet attentionnel en raison d’un travail intense, l’effet « néfaste » sur le sommeil étant particulièrement recherché. Au-delà d’une quantité raisonnable (variable selon les individus), la caféine perturbe le sommeil, augmente l’anxiété, entraîne une nervosité et, cette stimulation s’accompagne parfois d’une dépendance avec l’apparition de céphalées, de nausées et de somnolence après deux jours d’arrêt.

Les études scientifiques sont partagées quant au rôle positif ou négatif du café sur la mémoire, le langage, l’attention et le raisonnement, sans doute en raison d’une forte variabilité individuelle, certaines personnes étant plus sensibles que d’autres à l’effet psychoactif. Une étude brésilienne a montré que la prise de deux à trois tasses de café par jour chez des seniors de 65-74 ans augmentait légèrement la capacité à citer des noms d’animaux en un temps limité (+ 1,23 mots) ou à redonner les mots d’une liste apprise par cœur (+3%). L’effet est donc significatif mais modeste.

La prise prolongée de café semble prévenir le déclin cognitif physiologique lié à l’âge mais aussi réduire le risque de développer un AVC, une maladie de Parkinson ou une maladie d’Alzheimer. Plusieurs études sur les souris ont ainsi montré que la caféine réduisait les plaques amyloïdes en partie responsables de la maladie d’Alzheimer, neutralisait la phosphorylation de la protéine tau (autre anomalie déterminante de la maladie d’Alzheimer) et atténuait certains mécanismes inflammatoires protecteurs. On a extrapolé de ces travaux chez l’animal que consommer deux à quatre tasses de café par jour réduirait le risque de développer une maladie d’Alzheimer. Pourquoi s’en priver ?

Que les amateurs de thé, dont je fais partie, se rassurent, le thé aurait un effet comparable puisqu’il contient de la caféine, mais pour des quantités supérieures, car il faut quatre tasses de thé par jour pour obtenir l’effet de deux tasses de café (environ 200 mg de caféine).

Pour en savoir plus : Bernard Croisile. Alzheimer : que savoir, que craindre, qu’espérer ? Éditions Odile Jacob (2014).

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